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Le ça va sans dire

jeudi 12 février 2015

Le ça va sans dire

par Jean-Baptiste Mercey

parce qu’il fallait bien que ça commence par quelque chose, et là ça commence par ça... bon, faut voir ce que c’est (qu’est-ce que c’est que ça ?)… et puis : va… aller, verbe de mouvement, dynamique, chouchou de la syntaxe, doigt pointé sur le lendemain et l’ailleurs… quoi qu’impliquant le départ, et pourquoi pas la perte, jusqu’au s’en aller fatal… regroupons : ça va… voilà qui semble de bon aloi… après tout, ça va… encore des fois… bien grand mensonge, souvent la plupart du temps, que ce ça va qu’on dit pour ne pas dire ce qui ne va pas… enfin bon, ça va, oui, mais ça : quoi et va : où ? abandonnant quoi ?... bien vague, tout ça, mais admettons que ça commence bien, le ça va, admettons un ça va joyeux loyal et franc… et puis : sans… ça va sans… le sans, pas léger ça, le sans qui retranche sans effacer la trace, le sans de l’absence, du rien, de ce qui devrait être mais n’est pas, le sans de ce qui existe mais fait défaut à cet endroit-là où il devrait pourtant… regroupons : ça va sans… on voit bien que la proposition est bancale, il manque quelque chose, quelque chose n’est pas là qui devrait pourtant… monde mal embouché, il y manque en plus quelque chose… et quoi donc, me dis-je, qui manque alors que pourtant… et puis : dire… dire, dit-on, ça va sans dire… alors pourquoi donc le dire… dire que ça va sans dire… et puis je les vois, moi, le dire d’un de ces airs entendus, trahissant quelque connivence de peu, autour d’un secret de pas grand-chose… manière de dire ce qu’on ne dit pas, manière de ne pas dire ce qu’on dit… des choses, donc, qu’il n’est pas la peine de dire mais la peine tout de même de dire qu’il n’en n’est pas la peine…

(12/02/2015)