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Silvia Avallone : D’acier

lundi 20 octobre 2014

Silvia AVALLONE : D’ACIER*

Silvia Avallone, D’acier, J’ai lu, Flammarion, Paris, 2013.

Nous voici loin, une fois encore, de l’Italie enchantée.
Dans le nord de la Maremme, face à l’île d’Elbe, Piombino fut dès l’Antiquité le centre d’une importante activité métallurgique. Au début du XXe siècle, elle connaît un apogée économique grâce à la production et la transformation d’acier. D’acier, tel est le titre du premier livre de S. Avallone, porté avec succès au cinéma en 2012. Il relate la vie quotidienne de deux jeunes filles de la via Stalingrado, Anna et Francesca, ados dessalées liées par une amitié passionnée et le désir furieux de s’en sortir, d’échapper à une vie étriquée et focalisée sur l’usine, au destin de leurs mères – l’une femme au foyer, l’autre ouvrière à la Lucchini – au côté de pères qui partent en vrille.

Dans une approche presque clinique, hyperréaliste, l’auteure nous conduit avec une empathie très sensible au cœur de cet univers où art de la débrouille, coups tordus et corruption, épisodes glauques ou tragiques ne manquent pas, laissant place cependant, par moments, à une pause, un bref mais véritable souffle poétique, au milieu de la catastrophe, qui fait contraste avec le langage très cru des protagonistes, comme, face aux vieilles emprises industrielles et à leurs installations déjà partiellement démantelées*, scintille la silhouette de cette sorte de paradis terrestre, l’Elbe.

Françoise Lachkareff

* Le récit de S. Avallone se déroule en 2001, au moment où la destruction des tours jumelles du WTC projette déjà une inquiétante lumière sur la situation internationale moins de quinze ans plus tard, octobre 2014, la Lucchini est en passe d’être cédée à bas coût à une société indienne, et les ouvriers restants se battent pour le maintien de leur emploi.