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Valeria Parrella : Lettera di dimissioni

lundi 20 octobre 2014

Un auteur pour l’Europe ?

VALERIA PARRELLA : LETTERA DI DIMISSIONI

Valeria Parrella, Lettera di dimissioni. Giulio Einaudi ed., Turin, 2011.
194 p. - 18,50 €.

Le prix Alassio, décerné en début d’automne en Italie depuis 1995, avec parmi les lauréats Rosetta Loy en 1997 pour Un chocolat chez Hanselman ou, tout récemment en 2010, Michela Murgia pour l’étonnant Accabadora, se propose de couronner « un auteur pour l’Europe ».

Hormis sa portée géographique, que pouvons-nous entendre sous cette désignation ? En 2012, le prix a été attribué au dernier roman de Valeria Parrella, Lettre de démission (Einaudi, 2011). Celui-ci retrace au plus près le développement puis la crise de conscience d’une jeune femme née dans les années 1970, formée par les valeurs de solidarité, d’action civique qui ont été celles de la génération précédente, pour achopper, au fur et à mesure des transformations de l’environnement politique, à une sorte de « désenchantement européen », particulièrement sensible en Italie. Du communisme encore à l’apogée jusqu’à son effacement progressif, nous suivons le personnage qui ne trouvera plus dans la perspective d’une lutte commune qu’un moment d’émotion partagée, un vague sentiment d’espoir, mais non le motif d’une conviction profonde. Que l’affaire se situe à Naples, entre temples antiques qui s’effondrent et décharges d’ordures qui menacent d’envahir la cité, ne peut qu’en accentuer le caractère inéluctable et néanmoins dérisoire.

De style assez peu classique, riche en tournures familières, ce roman procède par séquences et par syncopes, comme des sortes de rushes, non nécessairement aboutis, parfois répétitifs, toujours chargés des interrogations récurrentes de la vie.

Françoise Lachkareff