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Reprise (2014) : Dacia Maraini, entre autres

lundi 20 octobre 2014

REPRISE : DACIA MARAINI, ENTRE AUTRES

Avant de reprendre une chronique régulière de littérature italienne plutôt orientée vers la production actuellle, un petit survol du paysage où m’ont conduite mes recherches, quelquefois rendues un peu chaotiques du fait des aléas de parution – titres épuisés, livraisons toujours attendues, accessibilité en bibliothèque plus ou moins aisée –, du succès (Goliarda Sapienza, Sandro Veronesi, entre autres), ou de l’insuccès, médiatique ou encore par les dimensions de certains ouvrages : une auteure comme Melania Mazzucco, par exemple, semble abonnée aux pavés, écrits de surcroît dans un langage si riche et si rare qu’il défie les dictionnaires.

Le développement actuel des gender studies nous amène bien sûr à balayer pour eux-mêmes les deux pôles de cette production, et la littérature féminine, voire féministe, y occupe une place tout à fait considérable. Nous avions évoqué précédemment Milena Agus ou Anna Maria Ortese. Loin, l’une comme l’autre, de s’adonner aux ouvrages de dames, et sans être non plus exclusivement des féministes, elles s’inscrivent néanmoins dans une identité féminine spécifique. Et l’on aurait pu également considérer L’Art de la joie, de Goliarda Sapienza, comme une sorte de roman d’éducation autour du thème « Quelle place pour la femme au fil de l’évolution de la société italienne ? »

Avec un écrivain comme Dacia Maraini, compagne après Elsa Morante, d’Alberto Moravia, l’intérêt se déplace, de La Vie silencieuse de Marianna Ucrìa à Colomba, vers des sujets plus généraux. Style alerte, composition habile, intérêt des thèmes traités et de l’investigation documentaire, implication personnelle, tout y est, même si l’on n’atteint pas le registre poignant des récits de Maria Messina, un peu retombée dans l’oubli après une publication quasi intégrale, en traduction, chez Actes Sud dans les années 1990. De ces courts romans ou nouvelles se dégage le sentiment d’un auteur qui, sans pathos excessif, se met littéralement à nu, se dépèce soi-même, nous livrant les particularités les plus douloureuses d’une vie pour nous les faire connaître et partager.

Après ce coup d’œil rétrospectif, les promesses de l’année :
Gianrico Carofiglio, Témoin involontaire,
Michela Murgia, Accabadora, prix Alessio 2010,
Les deux derniers Erri De Luca