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2. Philippe Jaffeux : une écriture irradiée / irradiante - Paul Badin

lundi 2 février 2015

3. Passage d’encres III - 1er trimestre 2014 - issn en attente.

PhILIPPE JAFFEUX : UNE ÉCRITURE IRRADIÉE, IRRADIANTE

par Paul Badin

« Nous sommes moins nombreux que les chiffres parce que l’infini est inhumain »
(Philippe Jaffeux, Courants 505 : Le Vide, Ficelle n°117, Rougier V. éd., 2014)
Longtemps ces textes hantent, fascinent…L’énergie naît du manque et s’accouple à la couleur du désespoir. L’énergie naît du manque comme du silence nait la langue. Le vide cristallise la présence. Le vide est big bang. Plus le manque se fait cuisant, plus l’énergie se fait irrépressible.
Ces énergies-là, ici ou là, percent la croûte terrestre, libèrent les belles irruptions.
Chez Philippe JAFFEUX, il s’agit même d’un maelström solaire. Mots, phrases, courants, flux . . . fusent sans discontinuer de cette centrale atomique majeure jusqu’a ce quelle disparaisse d’elle-même, de sa belle vocation à épuiser son énergie vitale, objet céleste trop prodigue pour briguer l’éternité. Du reste, elle lui serait, on le sait, interdite.
Peut-être que les chiffres et leurs combinaisons numériques infinies pourraient tenter l’aventure du déchiffrement du principe de cette énergie astrale. Peut-être. Rien ne nous permet d’aller au-delà de l’hypothèse. L’extension absolue de I’univers reste impensée pour Ic cervcan humain, du moins pour le moment.
Mais déjà les lettres et leurs innombrables modalités combinatoires par mots et par phrases ont de quoi l’occuper, tellement incalculables, semble-t-il, pour un analphabète, qu’elles lui donneraient volontiers La Nausée. Pas à Philippe JAFFEUX et sa patiente énergie. Encore plus abordables aujourd’hui, grâce à la tonic puissance des ruches d’ordinateurs surpuissants et a leur pensable évolution hyperbolique, même si elles restent en-deçà des exploits des chiffes évoqués ci-dessus.
La fascination reléguée au loin, reste a la maigre puissance humaine – bien aidée par la fabuleuse prothèse informatique - que seul l’esprit humain est capable d’imaginer/formuler/cerner - autant qu’il le peut - le foisonnant pouvoir de la plus grande création humaine (et encore, est-ce bien sa création ? Dans quelle mesure lui appartient-elle ?) qu’est la parole, ses lettres et sons, ses mots et ses phrases, jusqu’à sou envoutant pouvoir d’influer sur le réel et de changer la vie.
C’est cela que s’adonne Philippe JAFFEUX. Son cerveau se fait réceptacle (ce mot fait plus humain que le mot ordinateur). Et de tout cela ? se demande-t-on . . . c’est l’humain, tel qu’en lui-
même, qui petit à petit se dessine. Homme nu, rayonnant, raisonnable ou raté. Que d’énergie de pensées tous azimuts et, sous un firmament parfois déchirant de beauté quel gâchis ou, plus simplement, quels trépignements de handicapés que souvent nous sommes ! A chacun de se voir.
Abnégation ? Oblation ? Simplement la rectitude planifiée du courage de regarder le réel en face, loin de toute idéologie captatrice et colonialiste, d’intégrer et poursuivre la création dont nous sommes -ou devrions- être partie prenante de la naissance à la mort.
Destinée commune à tous. Maia combien en acquièrent la certitude durant leur - courte existence, et quel que soit le vecteur de sa propre connaissance, du champ a la mine, de l’étude à l’œuvra d’art, ce désir / besoin de se coltiner tous les possibles de s’en dépatouiller, dc construire pas a pas sa propre voi(x), ce à quoi Philippe JAFFFUX nous initie si bien.
L’auteur a lui seul, afin d’ouvrir constamment son écriture à tous les vents, de la féconder de toutes les archéologies, découvertes fondamentales, innovations technologiques, embrasse d’un coup d’œil les trouvailles de L’O.U.L.I.P.O. Il les sur-réalise. D’où ce fleuve qui n’atteindra sans doute
jamais la mer tant il se fait mère lui-même et, de facto, se hisse dans la catégorie des grands océans, de ceux dont on s’aperçoit si facilement finalement la belle couverture bleue dans l’espace intersidéral.
Pour aborder cette masse de mots, on se fait peur, on se cherche prudemment des ports, lettre à lettre, on se risque à de petites aventures littéraires, convaincu, an fond, comme Ulysse, qu’on a peu de chances de rentrer chez soi. De rentrer indemne. Ultime erreur ? Cette masse de mots ressemble à cette foison de lignes d’ordinateur (hé ! quand on n’a plus la main . . .) qui s’entassent les unes sur les autres et finissent par rendre évident le visage interrogateur qui nous fait face. . .

(11/08/2014)