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Documentaire : « La fête est finie »

lundi 19 octobre 2015

LA FÊTE EST FINIE1

Comme une armée qui avance inexorablement avec sa politique désastreuse de la terre brûlée, adieu herbes folles, roses, gardénias, merisiers, oliviers, tout ce qui fait le charme d’un beau jardin. Adieu parfums des épices, foule bigarrée dans un joyeux brouhaha d’échanges.
De grandes façades hausmanniennes, froides,déshumanisées, sans fleurs aux balcons ni affiches colorées se dressent telles des barres aseptisées. Le centre de Marseille s’est défiguré ou plus exactement une certaine politique a défiguré Marseille. « Le film [en effet] montre les différentes facettes d’un processus global de dé-civilisation urbaine fait de dislocation territoriale, de désintégration sociale et d’aliénation culturelle » qui vise à « expulser et disperser au loin les couches populaires2 ».
Sous la houlette de son maire, les espaces ont été vendus à de menaçants gestionnaires, banques américaines investisseuses et partenaires d’une ville morte, laidement belle. On a privé des habitants de leur ville. « Jamais plus Marseille ne sera comme elle a été. » 
Triste constat, quand à la fin du documentaire on voit que le Carnaval de la Plaine, fait d’exubérance et de liesse partagée, a été disloqué par les CRS et confiné dans les murs d’un Musée dont de lisses affiches annoncent le menu : « Le monde à l’envers : carnavals et mascarades d’Europe et de », offrande d’une population sacrifiée à l’autel du tourisme.
A-t-on encore le droit d’être pauvre ? Tout ce qui a trait au Marseille des origines a été rayé, radié des cartes. Le port n’est plus le havre pour les rêveurs et les voyageurs en partance pour le Maghreb. Place aux touristes, hordes d’hommes sans conscience, cyniques consommateurs. Qu’importe si c’est de la mort que leurs mandibules dégustent, qu’importe les mendiants royaux qui savaient paresser...

Sylvie Reymond-Lépine
Paris 15-18 octobre 2015

NOTES
1. Documentaire en couleurs de Nicolas Burlaud, 2014, produit par Primitivi et dont la sortie est prévue pour le 4 novembre 2015.
Contact presse : Samantha Lavergnollee - lavergnolle2@gmail.com
2. Jean-Pierre Garnier, sociologue et urbaniste.