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Paolo Di Paolo : Un moment fugitif

vendredi 23 octobre 2015

PAOLO DI PAOLO : UN MOMENT FUGITIF

Tanta Vita, de Paolo Di Paolo. Belfond, Paris, 2014, trad. Renaud Temperini (1re édition italienne Feltrinelli, Milan, 2013.)

Paru en Italie en 2013, classé parmi les finalistes du prestigieux prix Strega, Mandami tanta vita, du jeune auteur turinois Paolo Di Paolo (il est né en 1983), a été reçu avec les plus grands éloges. Le roman met en scène, en parallèle, les vies de deux jeunes gens de milieux modestes mais déjà engagés dans le mouvement intellectuel, à l’époque des débuts du fascisme.
Moraldo, venu dans la cité piémontaise pour une session de cours et d’examens, a ainsi l’occasion d’apercevoir Piero (inspiré du personnage réel de Piero Gobetti), qui, à tout juste 25 ans, a déjà fondé revue et maison d’édition, et qui, par son apparence et son apparente assurance, suscite chez lui curiosité, intérêt et une admiration nettement mêlée d’antipathie. Les lettres qu’il lui écrit dans l’espoir d’éventuels échanges resteront sans réponse.
À la faveur d’une confusion entre leurs bagages, Moraldo fait une autre rencontre, celle d’une belle et énigmatique photographe, Carlotta.
De son côté, Piero, aspirant à la libération des esprits et à la libéralisation de la vie sociale, est déjà en butte aux menées des sbires du fascisme, qui ont décidé de lui rendre la vie impossible. Il doit cesser de publier sa revue et choisit de quitter Turin pour Paris, où devraient le rejoindre sa femme avec leur tout jeune enfant, celle à qui, dans sa lassitude, il demandait de lui envoyer « plein de vie ».
Quand Moraldo, désireux de suivre Carlotta, débarque lui aussi à Paris, une rencontre semble se dessiner alors que Piero, malade, s’est brièvement échappé de la clinique où il est soigné. Cependant hésitations, inhibitions, atermoiements feront de cette occasion une occasion manquée et Piero ne guérira pas.
Intéressant par le contexte historique, le climat qu’il met en lumière, ce roman est aussi celui des interrogations, des doutes, que souligne le procédé narratif par lequel Paolo Di Paolo incruste dans la trame du récit, au style direct, les réflexions et considérations des deux protagonistes, le débat intérieur, d’une certaine façon, prenant le pas sur la vie à laquelle ils ont aspiré.
Roman d’une jeunesse ardente mais, selon les mots de l’auteur, comme « engloutie par sa propre apathie », à qui semble échapper le sens de ce qui est arrivé, laissant place au seul sentiment de l’irrémédiable.

Françoise Lachkareff