Accueil > Critique > Sur des livres de Passage d’encres > Cahier critique de poésie (ccp)

Cahier critique de poésie (ccp)

vendredi 3 mars 2017

Cahier critique de poésie (ccp)
Centre international de poésie Marseille (cipM)

Jacques Demarcq. Tonton au pays des Viets, coll. Trace(s)
ccp

Pierre Drogi. Fiction : la portée non mesurée de la parole, Passage d’encres, coll. Trace(s), 2016
Christophe Stolowicki : ccp

Philippe Jaffeux. Écrit parlé (entretien avec Béatrice Machet), Passage d’encres, coll. Trait court, 2016.
Christophe Stolowicki : ccp

Piero Salzarulo. En attendant Hypnos, Passage d’encres, coll. Trait court, 2014.
ccp

Patrick Suter. Frontières, théâtre-essai, Passage d’encres, coll. Trace(s), 2014.
ccp

Soleils levants, hors-série Passage d’encres, 2014.
ccp

*

ccp papier
Hélios Sabaté Beriain. La Presqu’île électrique. Passage d’encres, coll. Trace(s), 2013.

Le lieu n’est pas nommé, vaguement situé sur un rivage rocheux de la Mer du Nord. Il abrite une ancienne mine de fer s’enfonçant sous le niveau de la mer et qui serait désormais, comme on peut le deviner, une centrale d’enfouissement des déchets nucléaires. Hélios Sabaté Beriain, fortement intrigué par ce site, passe quelques journées à l’observer, depuis sa chambre d’hôtel. Mais l’activité visible y est réduite et l’imaginaire seul peut s’engager dans le réseau présumé de galeries souterraines où disparaissent d’énormes camions. Des photos viennent étayer le récit, sans toutefois éclaircir cette part de mystère enfouie sous le rocher. La Presqu’île électrique comporte une seconde partie : « Sauf-conduit antinucléaire », déclinée en un long poème sur fond de cataclysme nucléaire. « Le feu ne devait rien sauver de la terre et des hommes (…) ce que la nature a payé devant nos yeux, nos corps ne le diront plus ». – Alain Hélissen

*
Christophe Lamiot Enos. L’eau-l’alentour-l’eau. Journal de cinq journées en juillet vers et sur Sifnos. Passage d’encres, coll. Trace(s), 2011.

« Dès le titre, L’eau-l’alentour-l’eau, journal de cinq journées en juillet vers et sur Sifnos maintient en suspension attentive l’espace et le temps. Comme dans ses livres précédents, Christophe Lamiot Enos écrit d’un lieu qu’il découvre et auquel il s’acclimate, mais où il n’est plus. Le présent y vibre entre expérience actuelle et remémoration : « plus tard, ces vues avec leur leçon s’apprennent » (p. 84). L’auteur s’attachant à ressaisir des actes ordinaires, les poèmes capturent souvent le moment fragile de la reconnaissance, à la pointe des deux sens – prospecter et retrouver –, que sous-tend la troisième acception : la gratitude, la célébration : « le cadeau/l’alentour, promesse d’un repos/étincelle » (p. 33). La circonstance (brèves vacances à deux sur une île des Cyclades) dépeuple les poèmes, concentrés sur la relation triangulaire qui lie la femme à l’espace marin et au poète1. ». – Élisabeth Cardonne-Arlyck


1. Les titres qui précisaient l’occasion du poème dans les livres antérieurs sont ici amplifiés en notes introductrices, parfois répétées et résolument plates. Les notes donnent les faits ; les poèmes, en une prosodie savante et déliée, trament le moment et son exaltation.

*
« Dire vrai, quelle gageure. De livre en livre¹, de détail en détail, Christophe Lamiot Enos affine, affûte depuis des années sa très minutieuse, alentie, déployée exigence de réel. L’EAU – L’ALENTOUR –L’EAU ², sous-titré journal de cinq journées en juillet vers et sur Sifnos (à deux amants sur une île grecque), la resserre d’un cran, desserre parfois. Journal à deux ou trois niveaux, degrés, j’aimerais dire strates. Sur ces cinq journées, avant d’un peu se défaire à la cinquième comme à travers un film de futur antérieur, le réel se distribue presque à chaque page en un intitulé chronologique amassant en capitales les repères de temps et de lieux ; un commentaire facultatif en italiques, notations en sténo prises sur le vif, courant de page en page, d’heure en heure, de tableau en tableau, de point-virgule en point-virgule entre crochets ; et le poème : par sa métrique savante renouvelant l’impair dans un suspens de fluidité musicale qui tire du bel été tous ses accords. Ici tout est impair : le titre, les journées, les strophes, les vers. « De petites chèvres, de l’enclos / [ … ] l’alentour suspendu jusqu’à loin / taches de chair elles font alors [ … ] » : clapotis de lumière cet alentour creusé, épandu jusqu’au futur antérieur ou l’éblouissement de l’éternel présent. « À ta bouche qui acquiesce / l’alentour, à la caresse / à ta bouche // la nuit va, pousse, s’y tressent / dehors et dedans, en liesse [ … ] » : soulagement de la rime revenue en force, après quelques poèmes arides du désaccord de leurs harmoniques. Ici tout résonne et rien ne sonne, aux antipodes du sonnet. Des contraintes savantes s’égrènent de strophe en strophe à rimes rigoureuses légères disséminées. Diffus érotisme : « à la nage, sur et sous la surface jouons / à ce qui vient, s’approche du port ». Lors de la dernière journée, marquée par plus de liberté prosodique, un vers, tout ponctué de points-virgules, rend le ressac ; les intitulés semblent se rallonger, les notations se répètent à l’identique, amassant du souvenir ; l’accumulation rendue aussi par une rime qui s’étoffe (« cap […] tape […] lape […] nappe […] happe » - et de cinq) ; une autre se suspend longtemps, faisant éboulis dans cette métrique serrée ; d’autres encore deviennent intérieures, la rigueur se défait. S’étirant ainsi, ces cinq journées de C.L.E. courent, couvrent, découvrent une indécise, surcadrée, décadrée durée de vie, de sable et d’alentour. » – Christophe Stolowicki

––
1. Le gros de l’œuvre poétique chez Flammarion, le dernier 2005 – 2001 paru en 2010, ainsi que Même quand chez Passage d’encres.
2. Passage d’encres, coll. Trace(s), 2011.

*
Joseph Julien Guglielmi (poème) / Bruno Descout (photographies). Une journée sans lunettes. Atelier de Robert Groborne. Passage d’encres, coll. Trace(s), 2010.

Le format oblong et la composition aérée de l’ouvrage permettent de faire résonner l’étonnant travail d’un photographe, déporté lui aussi dans la peinture, comme par un effet de sillage. Ou en vertu de certaine forme d’empathie secrète. le portrait implicite qu’il donne de Robert Groborne, et de son atelier, n’en est que plus seyant dans le suggestif multipliant, par exemple, les noirs et les blancs contrastés. Ce tutoiement dépourvu de familiarité, à mi-chemin de la proximité et de la distance, en appelle un autre, celui du poème de Joseph Guglielmi. Dont on appréciera la mise en page et l’économie du mot sur la feuille. Mais où le néologisme s’insinue sans violence, tel ce « couleur neutrale », par exemple. Nullement violent. Si bienvenu. Tel « la/tache sans verbe/qui tienne ». – Philippe Di Meo

*
Bernard Schürch. Czernowitz, un navire à la dérive. Passage d’encres, coll. Documents, 2010 [épuisé].

À Czernowitz, Cernauti, Tchernovtsy, Tchernitsy, ville naguère cosmopolite aux confins de l’Ukraine et de la Roumanie où dans le creuset austro-hongrois ont cohabité Roumains, Allemands, Juifs, Arméniens, Hongrois, Polonais, et où est né Paul Celan, à présent dévastée de sa mémoire, un poète suisse a pris date depuis vingt-huit ans dans un petit cimetière juif oublié aux stèles obliques, L’Enclos du temps1. Stèles « droites, penchées, entassées, couchées [...] comme en perpétuelle errance » Interdit, il reste au seuil.rectifiant en « l’an prochain à Czernowitz » la psalmodie des générations. Deux ans après, enfin. Parmi des « villas des années 1920, entourées de parcs à l’abandon, agoni[a]nt dans une splendeur gangrenée par l’indifférence des habitants », la plupart ukrainiens. Czernowitz... ou le Journal de ces retours, ponctué de photos, certaines en négatif*, comme surexposées. Journal-poème. – Christophe Stolowicki

–––
1. Ainsi Martine Broda traduit-elle Zeitgehöft, un recueil posthume de Celan, quand Schürch, pourtant germanophone, retient Temps d’espoir, peu probable.

*
*

REVUE « PASSAGE D’ENCRES »

Passage d’encres n° 41. « Cinéma, XXIe s. » (2011) - 136 p., 22 €

« Cinéma, XXIe s. » Coordination de Pascal Vimenet. Création en libre circulation pour tentative d’appréhension d’un spectre cinématographique en même temps que sondage de son futur. Transformation de notre rapport à l’image. Trouver un sens. De Rossellini à la tendance 3D. Point d’innocence au cinéma. Le cinéma d’animation révolution technologique. Nouvelle manière d’appréhender les images. Perte de la mémoire cinématographique. Expulsion du sujet voyant et déshumanisation de la caméra ; identité insaisissable du cinéma expérimental. Le cinéma peut-il donner à voir et à comprendre la pensée ? – Nadine Agostini

*
Passage d’encres n° 33. « poésie : numérique »* (2008) - 150 p., 20 €.

D’être numérique n’empêche pas la poésie d’être à son choix hermétique, lyrique, curieuse, intrépide, expérimentale, elle ne la débarrasse pas de la nécessité d’être création de poète. « L’art et la science sont concernés par la faille entre réel et représentation, la science tente de la réduire, l’art joue avec », précise Antoine Schmitt dans ce gros dossier qui interroge, montre, analyse, développe, anime entre pratique et théorie ce champ nouveau d ela création poétique qu’ouvrent les nouveaux outils technologiques. Quelques textes théoriques et une intervention de Philippe Castellin, artiste invité, complètent ce dossier qui offre toute la bande centrale de la page au regard du visuel de cette poésie dont les mots ne sont qu’un de smatériaux, et qui joue aussi de l’image et du sonore. – Marie-Florence Ehret

* Ce numéro, coordonné par Alexis Gherban, poète numérique, et Louis-Michel de Vaulchier (auteur de la bande centrale d’images), poète plasticien protéiforme, s’est construit à partir du séminaire Poésie numérique, qui s’est tenu assez longtemps une fois par mois à Malakoff et auquel ont participé Phlippe Bootz, Serge Bouchardon, Evelyne Broudoux, Jean Clément, Luc Dell’Armellina, Tibor Papp et Alexandra Saemmer. Il a été présenté à la folie du canal N5 de La Villette grâce à Inventaire/Invention (NDE).
http://lm.devaulchier.free.fr/p05-Livre-PoesieNum.htm

*