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« Bienveillance »

mercredi 17 août 2016

Ch. Tricoit. 318, 3.

« Bienveillance »

La nouvelle tarte à la crème
Après la philosophie 5/7 dans les bistros, les 5-fruits-et-légumes-par-jour même quand on ne peut en acheter car ils sont chers, la gentillesse, le rire-2 heures-par-jour, les cadenas sur la passerelle des Arts, le manger cru..., voici venu le temps de la bienveillance, dont on nous rebat les oreilles en ce moment et jusqu’au plus haut niveau.
Le problème de la bienveillance, c’est qu’elle ne s’étend pas à tous. Après le premier cercle (la famille, les amis), vient le deuxième (les relations, quoique), puis le troisième (l’autre, l’inconnu, l’étranger). Et là, curieusement, le sourire cheese (tchiiiz) de l’homme bienveillant ou de la femme bienveillante se coince : un peu ma non troppo. De la bienveillance à la xénophobie, il n’y a qu’un pas.

Comme une lettre à la poste
Condamnation molle ou silence bruxellois à propos du scandale Barroso.
José Manuel Barroso ancien président de la Commission européenne, vient d’être recruté comme président non exécutif de Goldman Sachs International (Londres), branche internationale de la banque d’affaires américaine à l’origine de la dernière grande crise financière et qui a mis sur le carreau un nombre incroyable de personnes.

Émotion
Dans chaque JT il y a l’incontournable séquence émotion.
La mort du petit Grégory (4 ans), dans les Vosges il y a plusieurs décennies, a longtemps fait les choux gras des médias – même que la Marguerite D. y était allée de sa propre enquête. Mais le petit Grégory n’a jamais eu ce déluge d’ex-votos bisournous que l’on voit maintenant un peu partout sur les lieux des drames.
En Europe de l’Est, pendant la guerre froide, les bougies allumées avaient un sens politique, ce n’est plus le cas.
Un jour, peu de temps après l’accident qui avait coûté la vie à Lady D – poursuivie par des paparazzi –, on est sortie du métro Alma-Marceau et on a vu ces choses inhabituelles devant l’entrée du tunnel : des bougies, des fleurs, des petits papiers.
Puis il y a eu une première marche blanche à Guermantes pour la petite Estelle (9 ans), disparue et jamais retrouvée, suivie bientôt par d’autres marches blanches, dont la dernière en date pour Adama Traoré. À chaque fois, la télévision est là pour recueillir des témoignages de personnes souvent extérieures à la famille (un voisin, une voisine, quelqu’un qui ne connaît pas la victime). Ces reportages sont repris en boucle sur les chaînes télévisées.
On comprend, bien sûr, l’émotion des proches et celle des habitants d’une ville, mais on assiste là à une sorte de catharsis bien différente de celle que l’on peut éprouver au théâtre ou au cinéma, car vient s’y mêler le voyeurisme de la télévision qui transforme ensuite le téléspectateur en voyeur.