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Français-anglais, globish

vendredi 21 octobre 2016

Photo Ch. Tricoit.

V. aussi « Français-anglais, globish II »

FRANÇAIS-ANGLAIS, GLOBISH

I

2015
Les Français avaient la réputation de ne pas être bons en langues vivantes. En ce qui concerne l’anglais, ils ont longtemps développé une sorte de complexe, qu’ils semblent avoir bien perdu, même quand ils ne le parlent ou ne l’écrivent pas bien. Et c’est tant mieux, d’un certain côté, mais force est de constater qu’il y a actuellement surenchère dans l’autre sens, l’anglais étant utilisé à n’importe quel propos.
Avec Internet et la mondialisation, l’anglo-américain est devenu la langue universelle. Le français s’est toujours enrichi d’emprunts, mais leur proportion augmente de façon exponentielle, tandis que les commissions de terminologie essaient de suivre tant mal que bien, à tel point qu’on ne plus parler d’emprunts. Les titres d’œuvres ne sont pratiquement plus traduits, tout comme les mots ou expressions anglais non courants  ; des pages entières de pub paraissent en anglais dans les journaux sans la moindre traduction (« Ça fait vendre »).
Les quotidiens et magazines, les catalogues, les émissions, etc., sont truffés d’anglicismes. Il ne s’agit pas seulement de vocabulaire, car la syntaxe put aussi être modifiée : adjectif systématiquement devant le nom dans certaines pubs, manière de dire l’heure (« 10 heures passées de 5 minutes »), etc.

*
L’anglais fait plus court, d’accord, mais des équivalents existent. On nous assène du versus (vs, contre, très courant en anglais, moins en français –, des off the record (officieusement, en privé), du « Prenez soin de vous » (Take care), des « Sincèrement » (Sincerely), dans la correspondance commerciale et autre, sans compter les vintage (rétro < millésime), wish list (liste de souhaits) e tutti quanti. Nos amis anglo-saxons s’en amusent et s’en étonnent quand ils ne trouvent pas cela parfois franchement ridiculous.

... On francise il est vrai : checker, forwarder, liker, geeker, youtubeur... [...] et on réinvente aussi, surtout chez les jeunes. Paradoxalement, le français revient dans certains mots tendance, par ex. : frais, rafraîchissant pour cool... Alors parler français deviendra-t-il le comble du chic ? Allons, encore un effort.

Christiane Tricoit

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La première édition du Parlez-vous franglais ?, d’Etiemble, est parue en 1964 (Gallimard, coll. Idées, Folio 22).

Liens
. Langue sauce piquante (Olivier Houdart et Martine Rousseau)
. Article de Micha Cziffra « [ Français et anglicismes : quand le français se met à parler anglais... » sur Slate, avec un entretien de Claude Hagège, linguiste polyglotte et professeur au Collège de France, interrogé par Christine Ockrent, qui n’est pas inquiet pour le français mais qui est tout de même assez critique.