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Novembre

mardi 1er novembre 2016

Photo ci-dessus : Martine Rousseau (détail, 2015).

« Toma en cuenta, Kajval / qué me vas a dar.
No quiero trabajar en ninguna finca / No quiero ir a otra casa. / No quiero ningún trabajo lejos. / No quiero ir a Los Angeles. / No quiero ir a La Florida.

Aujourd’hui, Seigneur / que me donneras-tu ? / que m’offriras-tu ?
Car on ne peut pas travailler si loin. / On ne peut pas travailler chez les autres. / On ne peut pas travailler dans les haciendas, Seigneur. / Car je ne veux pas qu’il parte à Los Angeles. / Je ne veux pas qu’il parte en Floride. »

Xunka’ Utz’utz Ni’. Encanto para no tener que ir al otro lado, Pour que le mari n’aille pas travailler au loin, in Ivresses et désenvoûtements, Conjuros y ebriedades, éd. trilingue tsotsil-espagnol-français (trad. du tsotsil à l’espagnol d’Ámbar Past et de l’espagnol au français par Nicole Laurent-Catrice). Guern. Passage d’encres, coll. Trace(s), 2015.

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Au Mexique, malgré la violence qui sévit de plus en plus, notamment du fait des narcotrafiquants, le Jour des morts se fête traditionnellement dans la joie, et l’on peut s’offrir, entre autres, de petites calaveras (crânes) en sucre.
En France, Raoul Velasco et Kristin Meller, dans leur atelier-galerie de la rue des Cascades (Paris-20e), perpétuent cette tradition des calaveras.
V. « Le jour des morts : à Paris, oct.-nov. 2016
Association pour l’estampe & l’art populaire.

En ce bel automne 2016, on pense aux très proches et aux amis disparus, dont le nombre a été croissant à mesure que l’on vieillissait. Et, quand on regarde les nombreuses photos rangées dans les boîtes vertes et bleues d’une des bibliothèques, on se prend à rêver qu’ils sont là.

Les commémorations (harkis, Tziganes [sans pratiquement plus d’aires de stationnement dans les villes ou expulsés]...) se succèdent au risque de la banalisation et comme si le retour au passé servait à se dédouaner du présent. Certaines d’entre elles sont montées comme de vrais spectacles avec chanteur/chanteuse à la clef. Les remises de la légion d’honneur se succèdent aussi. On ne comprend d’ailleurs pas toujours le pourquoi de ces décorations, et on s’étonne, mais pas trop, de celle qui fut remise en mars dernier à un prince d’une monarchie du Golfe, État qui ne brille pas spécialement par sa défense des droits de l’homme mais qui peut signer de juteux contrats.

Les publicitaires ou les communicants des organisateurs de pompes funèbres ne manquent parfois pas d’humour. Ainsi, dès leur départ en retraite, des salariés reçoivent des courriers leur vendant des forfaits d’obsèques avec cadeaux à l’appui, sac de voyage et réveil-matin, par exemple. Nous avons même écrit une nouvelle à ce sujet (dessin de Boris Séméniako), parue dans le n° 13 de la revue Passage d’encres, « À bras-le-corps » (2000). Qui leur a vendu les fichiers ?
Il y a aussi cette publicité d’une société de pompes funèbres qui passe en ce moment à la télévision : un couple du troisième âge assis au bord d’une route devant un coucher de soleil, leur combi garé à leur gauche (lat. : sinister, -tra, -trum, à gauche..., de mauvais présage). Contemplez pendant qu’il en est encore temps, mais, disent en substance ces marchands prévenants qui ne songent qu’à notre bien.

Et, à propos de publicité, bravo pour les campagnes 2015-2016 de Moncler : surréalistes, inspirées de Magritte et imaginées par la grande Annie Leibovitz.

Christiane Tricoit