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12. Rancœur - Philippe Clerc

vendredi 9 décembre 2016

12. Passage d’encres III - Décembre 2016 - ISSN : 2496-106X.

RANCŒUR

Je manque de naturel
Je mesure 1 mètre 40, les yeux noisette
Ce souci de dire
Itou, je m’enroule autour de toi
Avoir mal au cœur, tonitruer
Cretelle, dactyle, quels mots et maintenant l’inouïe Pola Negri
Tourner comme cela autour de sa vie
Je retiens en moi une liste, un ensemble de collaborateurs immédiats
Une suite de bonds
Les cristaux qui paillettent un corps
Je perds l’ouïe et le tact, je deviens vénéneux
Le persil, la menthe et le fenouil
Pourquoi ai-je refusé de passer voir Lise
Les boulangères cachent leur mari
Et maintenant je marche dans la rue derrière une femme qui insulte les passants
Des journaux brûlent, un clin d’œil
Adolescent et vieillard, sans nuances
Mes amis disparaissent
Je vous dis « avant tout »
Je vous prends par le bras

En dernier lieu, pourquoi pas, je m’endors
Je rêve : elle est là triste dans une chambre entourée de murs
tutto uguale, jolie formule pour oublier
La fine crevette et le crabe bleu
De façon désagréable je marche à ses côtés, je lui demande son prénom
À propos de prénoms, André = Dré, Olivier = O
Deux femmes rouges avec des fleurs se donnent des coups
Je crois marcher, je rêve d’une gare, couleuvres, tourterelles turques
La nuit est là maintenant
Des Russes blancs à Cannes, 1952
Esprit de sel, esprit de bois
Je me disais amoureux
Elle tombe, je m’évanouis
Très timide avec des images roses, blanches, j’aime le peintre Lancret
Dans un cimetière près d’Épernon cette nuit, R. une femme tellement belle
Vivre avec un enfant muet
Pour des vacances à la mer
Un refus poli, ma tête et là sur la plage
Une échelle de corde, nous voilà hésitants
Je viens d’apprendre que l’homme qui criait cette nuit dans la rue n’aime pas Gisèle

L’eau douce de la rivière
Charbon argenté, un lot de capucines
Je retrouve Ernst. Ernst me donne une luge bleue
Tant de courses désordonnées, il me propose un animal ocre
Des hommes tuent, je mange de l’herbe, « vraiment seul au bord de la Dordogne »
Hésiter avec ce cœur fatigué
Plonger un canif dans le cœur de Michel
« Jacaranda » nous bavardons à plusieurs
Noirceur de l’encre, chère H.
Mes siestes sous un ciel incolore
Un ouvrage rond

Philippe Clerc