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Du porno sur la toile

vendredi 10 février 2017

DU PORNO SUR LA TOILE

Non, ça n’a pas été facile.
La Brigade des mœurs a mis du temps avant de parvenir à démanteler un réseau pornographique qui sévissait sur Internet, ce qui, bien sûr, a valu aussitôt à la police d’être assimilée par les internautes à l’Inquisition. On a retrouvé sur la toile deux images d’une certaine Maja.
La première nous la présente allongée sur son canapé, très érotiquement vêtue : boléro orangé style matador, torse ceinturé, robe de gaze à plis moulants dont le plissement entre les jambes, créant l’illusion d’un pantalon, entretient une ambiguïté androgyne très équivoque. Enfin, un godemiché à moitié caché dépasse de la cuisse, au premier plan. On ne saurait être plus explicite dans l’implicite ! Mais la note la plus perverse vient sans doute de ce regard qu’elle plante droit dans celui du visiteur, avec la provocation insolente d’une prostituée.
La deuxième image la montre totalement nue, dans la même position. Et pour la première fois sur la toile, par une audace sans pareille, on distingue nettement le duvet sur le pubis ! Voici, messieurs (mesdames ?), à travers ces deux images, un programme tout tracé, déjà illustré : avant, après. Vêtue, dévêtue. Hop, un clic ! Hop, un autre clic ! Il suffisait d’y penser.
Pour masquer son identité, la poseuse a d’abord essayé de se faire passer pour la duchesse d’Albe, qui a porté plainte. Elle a finalement reconnu s’appeler Pepita Tudo, nom à la résonance beaucoup plus triviale et plus conforme à son type gitan.
Une troisième image, d’une autre femme, se révèle plus indécente encore, en raison de la mise en scène et de l’éclairage. S’offre à nos yeux un corps jeune mais déjà fané, la seule fraîcheur provenant de la fleur de magnolia piquée dans les cheveux. Symbolique ? Fleur, collier, lourd bracelet, mule au pied, tout révèle la courtisane faisandée. Elle aussi nous fixe des yeux. Mais son regard est désabusé, lointain, trahissant une lassitude de la vie tristement précoce. On peut la comprendre si pour elle l’existence n’a de goût qu’à s’exhiber ainsi jour après jour.
Pour ajouter un peu de piment exotique à la scène, elle fait appel à une Africaine qui lui apporte des fleurs, tandis qu’un chat luciférien se hérisse au bout du lit. En dehors de ces taches sombres ou colorées, le blanc et le rose dominent, inondent la pièce, comme pour créer l’illusion d’une atmosphère pure et sereine. Illusion en effet.
La poseuse, Victorine Massenet, a finalement été identifiée, mais se refuse à toute déclaration.

Patrick Le Divenah