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Sans titre.

dimanche 5 mars 2017

2° Subséquemment :
Réduction de la femme à un passe-temps, un divertissement, comme le signifie l’expression que rappelle le titre de l’œuvre et qui est passée depuis longtemps dans le langage courant.
3° Conséquemment :
Réduction de la femme à l’état d’esclave et donc de disponibilité obligatoire et permanente comme objet de plaisir, en raison des deux ouïes de violon ou de violoncelle, ces esses qui évoquent une marque au fer rouge, comme celles qu’on pouvait infliger aux esclaves (esses-claves) aussi bien qu’au bétail parqué dans les corrals, signature cryptée du propriétaire. Ce S peut, de surcroît, évoquer le mot slave, c’est-à-dire « esclave », tout en offrant une réplique sinueuse aux courbes du buste féminin.
4° Concurremment :
Réduction de la femme-esclave à sa simple fonction de plaisir sexuel, comme l’évoquent lesdites ouvertures en forme de S, incitant à pénétrer dans la chair – n’oublions pas que dans violon il y a « violonS », comme le suggère le S présentement décrit.
5° Conjointement :
Réduction de la femme à un objet de perversion sexuel par sa dépersonnalisation physique : le corps est ramené au seul état de corps, hors de toute relation à la personne, niant même cette notion de personne et ce, par plusieurs procédés picturaux :
- adjointement :
la neutralité blanchâtre et intégrale du corps, qui assimile ledit corps à un objet, plus qu’à un être humain.
- adjacemment :
l’absence de bras, renforçant l’effet objectal (surtout lorsqu’on sait que les bras sont le signe de l’échange possible, de la relation, du contact) ;
absence des yeux également, la très légère évocation de l’œil gauche relevant d’une perversité plus grande encore, car la femme exprime par ce léger mouvement une prise de conscience de la condition à laquelle on la réduit, conscience qui, à la différence d’un objet véritable, ne peut être que la marque d’une souffrance morale dont l’auteur tire un plaisir sadique, la femme semblant manifester le désir de se retourner, désir qu’elle n’a pas le droit de satisfaire et qui s’explique fort bien par la gêne insupportable que nous éprouvons tous, n’est-ce pas, lorsque nous sommes passivement exposé aux regards des autres, qui pis est lorsque ces regards sont plantés dans notre dos.
- contigument :
renforcement de la perversité de l’auteur par la présence réduite d’un tissu, une robe apparemment, jouant ainsi sur un double registre : celui de l’objectalité – comme nous l’avons déjà constaté – mais aussi, et sans se soucier du paradoxe, celui du fétichisme, cet aperçu de robe ne pouvant qu’attiser la perversion de ceux qui ne supportent pas la nudité totale et lancer leur imagination dans les délices du délire ;
cette robe, remontée par devant et descendue par derrière, suggère de toute évidence que la femme est responsable de cette mise en scène : devant, car il s’agit de mieux cacher ce qui, pour le moment, ne doit pas être accessible à notre regard ; derrière – c’est-à-dire devant nos yeux – car la robe est suffisamment baissée pour nous faire découvrir la naissance des fesses et du rayon fessier, pas trop cependant, afin de maintenir le désir en suspens ; enfin, utilisation fétichiste d’un turban et d’une boucle d’oreille, références évidentes aux odalisques peintes, entre autres, par Monsieur Ingres et qui n’étaient que… des esclaves de harem !
Vous en conviendrez, Mesdames et même Messieurs, après la liste accablante de tous ces griefs indubitables, nous devons réclamer, en notre âme et conscience, que cet artiste, du nom d’Emmanuel Rudzitsky, ou Radzitsky, ou Rudnitsky, on ne sait plus très bien, en tout cas machiste, esclavagiste, obscène et pervers, soit lui aussi mis au violon.

Patrick Le Divenah