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Le du coq à l’âne

samedi 2 août 2014

Le du coq à l’âne

par Jean-Baptiste Mercey

… le coq, dans toutes ses acceptations, n’était pas l’âne, âne qui quant à lui concentrait de multiples refus... auxquels il ne faut pas manquer de compter celui d’être le coq... coq qui quoi qu’on le drapasse d’une dignité toute sempiternelle n’avait pas en lui cette fibre du refus... refusant néanmoins d’un air hautain de refuser les divers attributs qu’il se voyait proposer... à l’inverse, naturellement, de l’âne, dont les gratifications en conséquence étaient rares comme l’herbe sur le rocher (ou le poil sur la crête du coq)... gratifications auxquelles, bien que son mérite ne fût pas nécessairement des moindres, il ne se donnait même pas la peine de tourner le dos... geste par trop enthousiaste, sans doute, auquel le coq se livrait volontiers devant toute gratification par trop maigre à l’égard de l’estime qu’il se portait... lui dont le silhouette ornant les frontons des institutions galvanisaient les foules, les soudait dans ses entreprises de conquête, apportait sa bénédiction aux offensives les plus audacieuses... un cri fier et perçant, quoique des plus alambiqués, qui n’hésitait pas à retentir en tous points du globe, et ce dès les aurores, sanctifiant jusqu’aux plus sanglantes horreurs... rien de tel chez l’âne, qui passait indifférent aux rodomontades et qui en matière de rouge frayait plutôt avec celui du coquelicot... exerçant sa grâce dans la mauvais grâce avec laquelle il se prêtait aux actes qu’on exigeait de lui... mettant un terme à ces abus quand bon lui semblait par un refus suffisamment obtus pour qu’on reste planté là, irrémédiablement, troupe en déroute dans les sables brûlants... le coq alors, toute la basse-cour tête dressée derrière lui, rugissait qu’il fallait renvoyer l’âne dans l’obscurité de son étable pestilentielle... mais rien n’y faisait, les sables de la déroute ne tiédissaient point, le rugissement du chef piétinait dans la lourdeur de l’air et seul le ridicule bombait encore le torse... le monde, ah... d’abord le coq, d’accord d’accord... ah, le monde... mais pas sans l’âne pour dire son refus à l’accord....

(30/04/2012)