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Brèves 3

mercredi 27 mai 2015, par Christophe Stolowicki

BRÈVES 3

Brèves dont on émaille, relève, rehausse, décale, dont on allège ou met en abyme son récit, qu’on y intercale, qui s’y glissent, interposent, le trochaïsent, trahissent, le règlent ou le font haleter – s’en détachent.

Le même fluide noir accélère l’expansion de l’univers et d’un précipité lumineux notre temps personnel.

Brèves qui abrègent, tranchent ou alentissent. Pas trop brèves, par trop brèves, le temps que la vie recharge son beat, rebatte, abatte ses cartes à puce.

Habiller sa pensée, la déguiser marbre au clair, la parfaire, la défaire à l’imparfait de l’infinitif.

Bonheur d’une malchance. Donatien Alphonse François « jeune homme avait déjà beaucoup vécu. » Il lui manquait la tête à perpète contre les murs – nos parois de néant –, seule permission de sortie une Révolution – pour devenir Sade.

Mis à la porte des lettres je reviens par la fenêtre que dans sa tempera a ménagée une amie.

Des hommes passent le cap d’espérance, bonne ou mauvaise, des bébés clignent, déclinent leur embryon d’identité. Têtard j’exfiltre de leur vase des détails autobiographiques, romançant vrai ce frai frayé, secret vrillé, sevré d’autofiction.

Est-il encore philosophique d’enseigner la philosophie ?

Never complain, never explain. Pas facile quand on attend de vous explication à tout que débondent les philosophes de profession, les psychologues de métier à temps complet. Ou compassion prolixe d’insensible à la plainte latente qui sourd des sourds et amuit votre poème.

Vous avez fait tache d’huile en moi.

Frappés d’un doute le sens des mots et la syntaxe élémentaire, un Alzheimer de toute ma vie que dissipent une émotion, un rêve.

Causes perdues. Les enfants retirés à leurs parents adoptifs. Le court-métrage comme poème pour vider, remplir les salles de cinéma. L’abrogation des rescrits restrictifs. La suppression de l’euro pour faire monter le cours de la haine. L’enseignement bilingue du jazz.

Allaiter au sang. Sang fuir quand je me tâte en vain pour trouver la blessure. Sang mêler accent pour sang. Des bombes lentes plein les poches.

Femelle poisson d’affiche, rutilante en chromos de récif de corail, plutôt carmin qu’incarnadine tranchant sur les douze couches d’aplat qui rendent le tendre velouté de son nu – elle porte à son tour perruque et bas de soie. En redingote noire voire jean haillonneux le mâle file doux. Le costume Saint Laurent suprême ironie.

Par économie de l’agression inversé le rapport de parade, soixante-dix ans de paix.

Christophe Stolowicki

Passage d’encres III - n° 4 - 2e trimestre 2015 - issn en attente.