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6. Poèmes - Ariel Spiegler

mardi 15 décembre 2015

6. Passage d’encres III - 4e trimestre 2015 - issn en cours.

À peine une minute, rose,
la camionnette attend au feu :
chocolatier ou autre chose
pâtissier. Restez un peu :
Gérard Mulot. La bouche close
une fille traverse en bleu.

*

Si j’étais autre chose qu’une
femme, devant le bas des reins
et les fossettes d’une brune,
j’aurais besoin de presque rien
pour tout accepter,
et ne plus fermer l’œil. Combien
se distraire de la tristesse
serait un acte de vaurien.

*

Avec sa canne de clocharde
une rousse vieillie navigue
vers une pente où l’on bavarde
comme au printemps.
Voici l’été et je voudrais
serrer la main de cette dame.
Où vas-tu cerceau de fatigue ?

*

Il y a les danses solaires
en robe d’été sur les toits,
la prostration. Les draps trop froids,
la paillasse trouée, et l’air
qui voyage au-dessus de moi.

*

Nous tanguons au clapot des choses.
Échos de leurs couleurs, le bruit
– est-ce tristesse ? – nous repose.
On est une rue de Paris,
à l’air du soir où les gens causent.
Deux grassouillettes réjouies
marchent le long des portes closes,
et vont en désirant la vie.

*

Pour C.

J’ai rêvé de sa noyade.
Il disparaissait dans sa clémence froide.
Dans mes bras mourait ; je ne pouvais
rien y faire. Je l’avais chéri.
Son sommeil, petite barque,
s’en est allée.

*

Je suis restée avec le jour qui se levait
pluvieux. Je voulais qu’il empêche
la poussière ; il s’est laissé regarder
dans l’accouchement de lui-même, nu,
parce qu’il fallait lui inventer des vêtements
et se construire un orgueil.

Ariel Spiegler

Passage d’encres III - n° 6 - 4e trimestre 2016.