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2. Parcours de l’échec - Jordi Bonells

vendredi 21 novembre 2014

2. Passage d’encres III - 4e trimestre 2014 - issn en attente.

PARCOURS DE L’ÉCHEC*

(Extraits)

« 5
Il lui fallait toujours traverser le cimetière juif pour aller jouer au club d’échecs, de l’autre côté de la ville. Mettons Prague, parce qu’elle est belle et romantique et que Kafka y a habité. « En passant par là, je me ressource », disait-il à ses amis joueurs qui l’écoutaient surpris. Et il lui fallait toujours traverser le cimetière juif pour retourner chez lui après avoir joué durant tout l’après-midi. « Ça me délivre et ça me soulage », disait-il à sa femme qui l’écoutait en silence. Un jour, brusquement, il changea l’ordre de ses phrases, sans savoir pourquoi. « Ça me délivre et ça me soulage de passer par là », dit-il à ses amis du club d’échecs… « Je me ressource », dit-il à sa femme. Et, jusqu’à sa mort, il ne toucha plus jamais une pièce.

6
Un nouveau coup est comme une semence nouvelle jetée sur le terrain de la théorie. (Cf. Wittgenstein)

7
Ce qu’il y a de terrible aux échecs c’est qu’au cours d’une partie les autres peuvent penser à ma place et aller plus loin que moi, plus près de la vérité, sans rien me dire, sans rien m’annoncer, sans me prévenir. Ils pensent ma vie, ma pensée, et ce faisant ils me privent d’elles. » [...]

Jordi Bonells