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7. Brèves 10

samedi 9 janvier 2016, par Christophe Stolowicki

7. Passage d’encres III - 1er trimestre 2016 - issn en cours.

BRÈVES 10

Actualisons Nietzsche. Lacan a souillé Narcisse pis que le christianisme Éros.

Je n’aimerais pas n’être pas né d’ancêtres juifs. Quelle périphrase. Qui rende ma pensée, un rien d’honneur.

Monk plays Duke Ellington (1955), le hard bop distille toute l’essence ducale épurée du sirupeux de crooner.

Baudelaire émergeant, Rimbaud emporté à son tour par la vague d’âge ingrat du passé. Mallarmé rescapé.

Quand l’illettrisme s’accroît de tout ce d’isthme en isthme dont l’analphabétisme s’est étréci, comme deux vases communicants. Le roman cent fois plus désuet que la poésie, les poètes s’y engouffrent, se disputent les lecteurs réchappés.

Philosophe de profession. Métier : prof de philo. Ni métier ni profession en rapport quelconque avec une pratique de la sagesse ni les trésors de la folie.

Pour l’un des cinq ou six fauteuils d’écrivains conférenciers planétairement reconnus Gombrowicz brame de frustration, égorgerait père & mère – bel effort, il n’a d’autre affection terrestre que la littérature, un peu la musique.

Je me suis ameubli. Des fibres humaines ont pris rhizome et quand je tire ne lâchent pas. L’âme viendrait.

Śmieć śię śmiać że człowiek wyładuje śmiecie na całym świecie. Rire avec les dieux de l’Olympe que l’homme décharge des ordures dans-sur le monde entier.

Alambiqués en gageure, distendant une rhétorique de la quintessence, précieux de métaux lourds, sonnets où l’amour le dispute à l’amour en échos guerriers. D’un amour interdit bravant les rigueurs avec subtile persévérance. Coupant en quatre des cheveux d’ange. Tirés aux quatre chevaux de l’Apocalypse n’aura pas lieu. Jongleurs d’une métaphysique de l’être ou du non-être. Shakespeare préfigurant Leibnitz.

Au ciel de parade la carte du Tendre crevée de fondrières. Rétracté le nombre d’or quand l’homme grossit. De territoires du firmament.

Un monde lugubre, cercle refroidi inscrit dans sa sphère, s’ouvre en triptyque, tragédie en trois actes de Jérôme Bosch. Par troupeaux les jolis blonds aux membres délicats affluent en cavalcade aux bosquets de paradis. D’un crustacé géant s’érige l’épi, flotte le rictus sardonique.

Des cris coupé le son. Lectures montées aux yeux.

Au jardin des délices une merveille aimante douce aux fesses en goutte d’eau de paradis, aussi nue que je suis nu devant mon prédateur. Deux enfants parmi les bêtes paisibles, les animaux fabuleux dont les cors en branche transpercent retors la chair. Les scarabées à heaume et visière, la soldatesque en épi. D’une moule géante à dos d’homme dépassent des jambes de paradis.

Le ver était dans la pomme et regardait Caïn. Il n’y avait plus rien à croquer. Abel, le bellâtre bêlant, s’en retournait dans sa tombe. Les montagnes bleues de paradis, dans le fond du premier panneau du triptyque, dressaient déjà leurs machines de guerre.

Parvis du monde connu.

Vieille d’un demi-millénaire, une surpopulation de corps nus s’ébat dans les cornues, dans la party du panneau central.

Volet de droite, l’Enfer dont parmi les suppliciés consentants ressort, tête méditative d’un corps ruiné, aparté en abyme du peintre, le visage de l’Homme-Arbre, Satan le plus savant et le plus beau des anges, regard mélancolique noyé de connaissance, qui rêve en silence et se souvient. De la grant joye de paradis.

Christophe Stolowicki