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7. Le poème sans fin - Gérard Deloux

vendredi 4 mars 2016

7. Passage d’encres III - 1er trimestre 2016 - issn en cours.

LE POÈME SANS FIN

Odyssée chaotique en vingt-quatre chants

Chant I

Voici.
Et vous marchez au bord de la mer
Que le ressac qui va
Et vient à vos pieds
Lave inlassablement.

Le sable se soulève
Et cingle votre corps entier
Refroidi par la tempête
Annoncée par les nuages
Amoncelés et noirs
Sur votre tête coupée
Du monde.

Apparaît une ombre
Projetée sur l’eau.
Elle s’élance vers vous
Et le vent accélère sa démarche
Embarrassée par l’eau
Qui ruisselle sur la laine
Collée à sa peau
Avec le froid et la peur.

Un feu a été allumé
Au bord de la colline
En avant des maisons basses
Aux fenêtres sombres
Et aux habitants fantômes.

Ils glissent le long des pentes
Qui mènent au rivage
Et ils ont vu de leurs yeux pers
Le navire qui venait
Se jeter sur les rochers
Qui affleurent dans l’écume des vagues.

*

Chant II

Ils ramassent les bois
Les malles et les boîtes
Éparses sur la grève sombre
Comme la nuit
Venue avec le vent
Qui pousse au gré des flots
Les cadavres échoués
Un à un à mes pieds.

Ils emportent tout ce qu’ils peuvent
Et les moins empressés creusent
Des tombes improvisées
Hâtivement recouvertes de goémon.

Le feu va s’éteindre
Et l’homme a marché vers moi
Chancelant dans l’ombre.
Je le soutiens avec peine
Et je le hisse au long de la pente
Puis sur le chemin qui mène
Jusqu’à la maison.

Il est si pâle
Que le mur paraît noir.

L’éclat des flammes
Montre des écailles de sang
Sur son visage et sur ses mains
À l’instant où il s’étend
Sur le lit quand je le couvre
De couvertures et d’édredons
Pour réchauffer
Ce naufragé échappé à la mort.

Gérard Deloux