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du sens

vendredi 18 mars 2016

du sens

Je pense que c’est dans les années 70, quand la sémiologie bouillonnait dans nos cerveaux à cheveux longs, que l’on est passé d’un sens au sens. Si si ! Ce que j’écris a du sens. En tout cas c’est qui se dit depuis qu’on a préféré le partitif à l’indéfini : on est passé de un sens à du sens.
— Ce que je dis a un sens. — Ah mais pardon, qu’est-ce que c’est que cette façon impérialiste d’exiger une seule signification ? Vous prétendez nous imposer un sens, un seul, c’est-à-dire le vôtre ? Non, les choses, cher monsieur, ont du sens. À vous de le trouver.
Je me souviens que, dans ces folles années, il fallait soudain « faire produire du sens » aux élèves. C’est vrai que, du coup, la qualité des copies montait en flèche.
Pourtant, quand je dis que pour moi la vie a un sens, ça me paraît clair et très ouvert à tous ceux qui veulent le partager. Si je parle du sens d’une phrase, c’est parce qu’il me paraît évident qu’elle en possède un. Mais rien n’empêche d’en trouver d’autres, auquel cas je parlerai des sens qu’elle peut posséder. Puis nous trinquerons autour de ce bel échange.
Et puis moi, vilain canard, j’ai l’oreille esthétique (ça a du sens, ça ?). Quand j’entends du sens, je pense à de l’essence. J’ai l’impression qu’on veut en remplir mon cerveau, à coup de pompe(s). Et c’est pas super, j’ai déjà assez de plomb comme ça dans la tête.

Patrick Le Divenah