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Un beau coup de ballet !

dimanche 18 décembre 2016

UN BEAU COUP DE BALLET !

Certainement le plus beau ballet que Beckmann ait jamais composé.
À la différence de la plupart des chorégraphes, qui occupent un vaste espace scénique et font gesticuler les corps en tous sens, ici l’espace est restreint au huis clos et concentre l’argument sur des personnages étroitement liés.
L’homogénéité des teintes, à la fois dans le choix du décor et dans celui des costumes, contribue à créer ce sentiment d’intimité. La proximité de la scène nous permet de distinguer les visages, fort expressifs, depuis le regard sartrien de l’homme à la pipe jusqu’à la bouche léninienne du barbu à casquette, en passant par la bouleversante mimique du danseur en extension.
La suprême habileté réside dans le choix d’une posture très rare, celle de la danseuse de dos, prête à faire le grand écart. Car le fait de ne pas en voir le visage nous oblige à en imaginer l’expression, d’où un effet dramatique intense. En outre, l’écartement de ses jambes et de ses bras, dans une figure en X, est repris en écho à gauche par l’homme encordé, d’une grande souplesse du chef. Chacune de ces poses est soigneusement étudiée, contribuant à l’harmonie de l’ensemble. La plus surprenante d’audace et de maestria est certainement celle de la jeune danseuse, à droite, avec laquelle son partenaire effectue un porté vraiment renversant.
Tout aussi novatrice est l’introduction d’objets courants, table, nappe, assiettes…, traduisant l’intimité d’un dîner familial, soulignée par la douce lueur d’une bougie placée en avant-scène et qui justifie le titre donné au ballet : La Nuit. Enfin, suprême trouvaille, celle de la musique qui se joue directement sur scène, par le biais d’un gramophone posé à même le sol.
Une réalisation superbe qui, à n’en pas douter, marquera l’art chorégraphique, par sa magnifique expressivité.

Patrick Le Divenah