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12. Temps du grand danger - Jean-Pierre Faye

dimanche 18 décembre 2016

12. Passage d’encres III - Décembre 2016 - issn 2496-106X.
Édito manuscrit, v. le porfolio ci-dessous.

TEMPS DU GRAND DANGER

« C’est dans les temps du grand danger qu’apparaissent les philosophes », rappelle et annonce Nietzsche – en disant sa découverte des penseurs présocratiques de la côte grecque d’Asie où survient la philosophie. Le grand danger, c’est, à ses yeux, l’engrenage des guerres franco-allemandes, dévastation d’où surgit ce qu’il aperçoit comme « l’Europe Une ».
Surviennent en son nom des parodies philosophiques. L’une côtoie la graphologie, c’est Klages, qui déclare la guerre à la « raison » sous le nom du « logocentrique ». L’autre se veut la « vérité de l’être », saisissable chez Heidegger par l’Abbau, la « déconstruction ».
Au croisement hétéroclite des deux, surgit « la déconstruction du logocentrisme »... Elle va faire la conquête de l’Amérique, mais pour y subir l’humour dévastateur de « Deconstructing Harry ».... La « déconstruction » heidegerienne célébrait la « Mobilisation totale » d’Ernst Jünger, mais en prolongeant les Séminaires effarants de l’hiver 1933-34 qui exigeaient « la totale extermination » de « l’ennemi intérieur » : « l’Asiatique ».
Aujourd’hui, penser la philosophie, c’est traverser l’expérience narrative de tels concepts, fabriqués dans cette pseudo-épopée comme un champ de ruines dont chaque caillou mérite d’être observé. Serait philosophe qui va mettre en œuvre la liberté de traverser ces fantasmes, où s’inscrivent les traces aveugles du grand désastre dans les temps du siècle écoulé.

Jean-Pierre Faye

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