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13. À pas de bruit (extraits) - Jean-Luc Coudray

vendredi 13 janvier 2017

13. Passage d’encres III - Janvier 2017 - issn 2496-106X.

À PAS DE BRUIT

MALGRÉ MOI

Ils ont déterré un adieu sur le bord de mon visage.

Il y avait le feu des cloches, le mouvement des trains.

Notre idée de partir plus vieux que les routes. 

*

HAINE

Voici la liste de ma haine :
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix.

Une fois grand, je me suis permis d’être plus fort que les autres avec une pointe d’infériorité. 

*

RETOUR À MOI

Retour. Retour à moi. À mon lit et à mon lit. À mon mur et à mon mur. Je retrouve ma bouche et ma bouche, ma mort et ma mort. Moi, le grand particulier, le grand rez-de-chaussée. 

*

ALLÔ

– Allô, monsieur, je voudrais revenir sur une impression de téléphone.
– Oui (il me répond évasivement et précisément).
– L’autre jour, monsieur, en vous téléphonant…
– Oui (il est là).
– J’ai ressenti la valeur de radio ancienne, de vieille guerre, de notre conversation.
– Oui, dit-il.
– Monsieur, en fait, c’est exprès que je suis moi. Allô, monsieur (la vie, la naissance et la mort m’interrompent), l’homme m’intéresse plus que Dieu. Allô, monsieur ?
– Oui, dit-il encore (je le vois à l’endroit où il parle).
– Allô, monsieur (nous dormons chacun au bout du fil), est-ce que (mon sommeil est plein de kilomètres), est-ce que (nos deux sommeils encouragés par la distance ressemblent à deux fils de cuivre), est-ce que (nous dormons si légèrement et si profondément, comme deux balançoires) est-ce que (nos deux cerveaux dans les prés sont pleins de cueillettes) est-ce que (le téléphone est sans vertige), est-ce que (nous dormons et nos vies définitives sifflent).

Monsieur et moi sommes parfaits et provisoires.

Jean-Luc Coudray