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Le j’en sais rien

jeudi 31 juillet 2014

Le j’en sais rien

par Jean-Baptiste Mercey

jaunissent, roussissent, s’envolent… et là, sur la branche fatiguée, une dernière pomme, prête à s’effondrer, mais quand ?... en bas, sans rien en voir, les passants partent et repartent, oh, pressés… encore et encore, il en vient des bouches de métro, les talons claquent, d’autres pédalent, les uns piétinent, beaucoup voiturent… passent et leur vie passe, plus vite on n’a pas le temps meilleur on est qu’importe n’avoir pas si ce n’est que du temps meilleur on gère… les voilà qui s’avancent, irravageables, étanches et sûrs… ils coïncident, réfléchissent et savent… jamais à court de réponse, ils avalent les phénomènes du jour, concernés, responsables et durables… de peur qu’une grave affaire les trouvent sans voix, nus comme des chenilles attardées, ils courent d’évènement en argument, s’informent et forgent des explications, toujours, à tout, c’est-à-dire à tout ce dont l’on entend parler… du bruit, de l’effroi, de la vitesse, ils sont là, resservant ce qu’on leur a servi, masques persuadés et persuasifs, bien contents quand même qu’on ne les ait pas trouvé en défaut d’opinions, cohérents bien sûr, et sûrs en cela que rien de leur passage n’aura été vain… radio, métro, éditos, rien ne leur échappe, et plus c’est loin plus ils font digestion rapide, demandant votre avis pour jauger lequel vous avez choisi parmi les quelques-uns disponibles sur le marché… Gaza désert et la raréfaction des abeilles… le siècle, monsieur, le siècle… le progrès, madame, le progrès… nuance, mesdames messieurs, nuance… à tous ceux-là et à toutes ces graves affaires du jour je réponds que j’en sais rien, moi j’étais à regarder la pomme tomber… ça n’a pas changé grand-chose, la chute de la dernière pomme de l’arbre, à leur manque d’explication, mais peut-être qu’il est des vides qui ne sont pas voués à être comblés…

(29/11/2012)